Le Real Madrid, symbole de succès et d’excellence sportive, traverse une pĂ©riode charnière oĂą l’Ă©conomie semble prendre le pas sur la tradition sportive. Depuis des dĂ©cennies, le club a su bâtir une rĂ©putation inĂ©branlable sur le terrain, mais aujourd’hui, une nouvelle rĂ©alitĂ© Ă©merge. Le club le plus titrĂ© d’Europe se transforme progressivement en une entreprise mondiale oĂą le business semble primer sur le football. Cette Ă©volution pourrait menacer l’âme mĂŞme du Real Madrid.
Historiquement, le Real Madrid a toujours Ă©tĂ© liĂ© Ă l’argent, mais sous la prĂ©sidence de Florentino PĂ©rez, cette relation a pris une tournure sans prĂ©cĂ©dent. Les Galácticos ont Ă©tĂ© les pionniers d’une ère oĂą la valorisation de la marque et l’internationalisation du public ont propulsĂ© le club au sommet du football mondial. Cependant, ce qui Ă©tait autrefois un levier au service des performances sportives est dĂ©sormais devenu la prioritĂ© absolue. Les dĂ©cisions qui devraient ĂŞtre axĂ©es sur le jeu sont souvent influencĂ©es par des considĂ©rations financières et mĂ©diatiques.
Un recrutement orienté vers le profit
Le modèle de recrutement du Real Madrid reflète cette nouvelle logique. Le club privilĂ©gie dĂ©sormais les joueurs Ă forte valeur marchande, souvent en se concentrant sur de jeunes talents prometteurs, parfois mĂŞme avant qu’un besoin sportif ne se fasse sentir. Ce choix met l’accent sur le potentiel Ă©conomique et l’image plutĂ´t que sur l’Ă©quilibre tactique de l’Ă©quipe. En consĂ©quence, l’effectif devient dĂ©sĂ©quilibrĂ© avec une accumulation de joueurs aux profils similaires dans certaines zones du terrain, tandis que d’autres postes clĂ©s restent vacants.
Mbappé : un symbole de cette obsession économique
Le cas Kylian MbappĂ© illustre parfaitement cette tendance prĂ©occupante. Pendant des annĂ©es, le Real Madrid a semblĂ© suspendre son projet sportif Ă l’Ă©ventuelle arrivĂ©e de cette star devenue un enjeu gĂ©opolitique du football moderne. Plus qu’un simple joueur, MbappĂ© est devenu une marque Ă part entière, reprĂ©sentant puissance Ă©conomique et influence. Cette attente prolongĂ©e a entravĂ© la planification sportive du club et a donnĂ© lieu Ă une communication davantage axĂ©e sur le spectacle que sur le jeu collectif.
Cette situation a des rĂ©percussions directes sur les entraĂ®neurs qui doivent non seulement obtenir des rĂ©sultats, mais aussi gĂ©rer les egos des stars et maintenir l’image du club. Chaque entraĂ®neur devient ainsi un gestionnaire d’individualitĂ©s plutĂ´t qu’un architecte d’un projet collectif durable.
Une formation sacrifiée
Parallèlement Ă cette dynamique, la formation au sein du club souffre Ă©galement. La Fabrica, riche en talents, est souvent utilisĂ©e comme un outil Ă©conomique pour gĂ©nĂ©rer des revenus rapides via des prĂŞts ou des ventes sans lendemain. Peu de jeunes parviennent Ă s’imposer durablement dans l’Ă©quipe première, ce qui affaiblit l’identitĂ© historique du club basĂ©e sur un mĂ©lange de stars et de joueurs formĂ©s au sein mĂŞme du club.
Avec cette approche commerciale grandissante, le supporter historique laisse progressivement place Ă un consommateur attirĂ© par les campagnes marketing et les produits dĂ©rivĂ©s. La victoire n’est plus perçue comme l’essence mĂŞme du club mais comme un simple produit Ă vendre.
Il serait erronĂ© de parler d’une crise totale au sein du Real Madrid. Le club continue de se battre pour remporter des titres et affiche encore une certaine rĂ©silience malgrĂ© ces dĂ©sĂ©quilibres structurels. NĂ©anmoins, en laissant la dimension Ă©conomique dominer le sportif, le Real Madrid risque de perdre ce qui a fait sa singularitĂ© : une identitĂ© forte fondĂ©e sur l’exigence collective et l’obsession du jeu autant que du rĂ©sultat.


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